lundi 16 mars 2015

L'étrangleur de Chicago (7)




L’agent James Wilkes regarda avec effarement sa montre. Il était en retard. Comme souvent depuis six mois. Depuis qu’il avait intégrer le FBI. Le bureau de Seattle n’avait pas la même renommée que celui de Quantico et il devait souvent faire appel au profiler du bureau mère, mais il avait des agents compétents que James avait rejoint avec fierté. Quelques mois plus tôt, il n’était encore qu’un simple inspecteur de la criminelle et cette promotion tant attendue était l’accomplissement de toute une vie.
_ Wilkes, t’es encore là ? lui demanda la voix de son supérieur, l’agent Monroe. N’avais-tu pas un dîner important ce soir.
Le jeune agent sourit devant la sollicitude de son supérieur et ami.
_ T’as raison Monroe, mais j’avais encore ce rapport à rédiger pour toi.
_ Tu travailles trop. Nous sommes conscients de ta valeur. Tu n’as plus besoin de nous prouver quoique ce soit.
_ Je sais, mais j’ai laissé traîner de la paperasse et je ne peux pas continuer comme ça.
_ Rassure-moi ! Ce n’est pas pour travailler sur l’affaire Guitirez, j’espère ?
James réprima un sursaut. Il n’avait pas songé à cette affaire qui l’avait conduit à intégrer le FBI de toute la journée. Non, il avait voulu bouclé les dossiers en retard afin de pouvoir passer tout son week-end avec Océane. C’était son anniversaire aujourd’hui et il lui avait promis de l’emmener dans son restaurant favori pour fêter l’événement. Rien ne le rendait plus heureux que de voir son charmant sourire.
_ Non, répondit-il en souriant. Il s’agit de la dernière affaire d’enlèvement sur laquelle nous avons travaillé. Je n’avais pas fini mon rapport.
_ Triste affaire, souligna laconiquement Monroe.
James regarda son responsable d’équipe avec surprise. Rare était les fois où ce dernier faisait part ainsi de ses sentiments.
_ C’est vrai ! Mais nous avons eu la chance de trouver le gamin sain et sauf, et c’est cela le plus important.
_ Mais combien d’autres cet homme a-t-il torturé, puis tué, Wilkes ? Et qui nous dit qu’il finira réellement sa vie en prison ?
_ Ce qui se passe ensuite n’est pas de notre ressort et tu le sais mieux que moi. Nous avons réunis suffisamment de preuves pour l’inculper et si demain il se retrouve dehors, on l’arrêtera de nouveau.
Monroe se contenta de hausser les épaules avec fatalisme. Son subalterne avait raison et il était habitué à traiter des affaires de ce type, mais il ne pouvait s’enlever de la tête l’image des corps mutilés de ces enfants. Seul un monstre pouvait être capable de faire une chose pareille et rien ne pouvait rendre ses crimes excusables.
_ Désolé, vieux ! Je crois bien que d’être devenu grand-père depuis peu m’a rendu un peu gâteux, ou du moins trop sensible.
_ C’est juste que tu te fais vieux, Monroe, c’est tout. La preuve, tu laisses ton équipe te tutoyer et s’immiscer dans ta vie privé. 
_ Tu as sans doute raison. Je changerais tout ça dès demain matin, mais pour le moment, je rentre chez moi et toi va à ton rendez-vous galant.
L’agent Wilkes prit sa veste et se dirigea avec son collègue et ami vers la sortie. Au moment où ils atteignirent le seuil du quatrième étage du Bureau, le téléphone se fit entendre.
_ Les bureaux sont fermés, rappelez plus tard ! hurla Monroe. Où est-ce que tu vas Wilkes ?
_ C’est mon poste.
_ Et alors ? Ta journée est terminée et on t’attend.
_ C’est peut-être elle, énonça tranquillement le jeune homme. J’ai laissé mon portable à l’appart ce matin. Trop pressé.
Monroe bougonna. Ses orteils s’étaient mis à le démanger, signe avant coureur d’une mauvaise nouvelle.
_ Je ne répondrais pas si j’étais toi, vieux. Tu vas devoir annuler ton rendez-vous.
James ne répondit pas et décrocha un sourire moqueur aux lèvres. Les orteils de son supérieur venaient sans doute de se manifester. On disait dans tout le service que les orteils du chef avaient plus de prémonition que Mme Irma.
_ Je t’aurais prévenu, gamin, grommela encore Monroe avant de sortir.
_ Agent Wilkes, j’écoute !
_ Ici l’agent Spencer du BAU de Quantico.
Le cœur de James cessa soudain de battre. Deux ans auparavant, quand il était encore à la criminelle, il avait fait appel à ce service pour l’aider. Grâce à eux, il avait eut un profil exact du meurtrier qu’il recherchait, mais cela n’avait pas suffit pour l’attraper. Il ne connaissait pas l’agent Spencer, mais le service qu’il servait était celui dont rêvait le jeune agent.
_ Je suis l’agent de liaison de ce bureau et mon supérieur, l’agent McWright, m’a demandé de vous joindre. Il voulait vous faire parvenir un message.
Wilkes attendit avec impatience que l’agent accomplisse sa mission. Il faisait rarement appel à son intuition, mais cette dernière lui soufflait que quelque chose de déterminant venait de se passer.
_ Je cite, repris l’agent de liaison du BAU, « On m’a signalé un cas similaire à l’affaire qui t’intéresse. Il ne s’agit que d’un cas isolé, mais j’ai déjà pris l’avion pour me rendre sur place à Chicago pour en savoir plus. Je te tiendrai au courant ». Il a précisé que vous saurez de quoi il parle.
James avala sa salive avec difficulté. Il savait parfaitement de quelle affaire faisait allusion McWright. L’affaire Guitirez. La seule affaire qu’il n’avait pu résoudre dans sa courte carrière d’inspecteur. La seule affaire qui l’avait fait tout quitter pour recommencer, ou plutôt continuer au FBI. La seule affaire capable de lui faire annuler un rendez-vous avec la douce Océane.
Le jeune agent raccrocha sans rien ajouter. Il avait très bien compris le message de McWright. Implicitement, son ami et mentor, lui demandait de le rejoindre et d’établir ensemble si les deux affaires se ressemblaient. Sans plus attendre, il joignit son amie chez elle, inventa une vague excuse, puis réserva une place sur le prochain vol pour Chicago.
Il quitta le bureau en songeant à Océane qu’il avait déçu et au moyens le plus efficace pour se faire pardonner. Mais quand elle saurait la véritable raison de son départ, elle lui pardonnerait tout.


Fort de cette certitude, James récupéra quelques affaires chez lui et roula pied au plancher jusqu’à l’aéroport. Dans moins de trois heures il serait à Chicago et saurait par la même occasion si le destin le remettait face au meurtrier de Marisa Guitirez.