Prologue
_ Tara! Tara! Tara, réveille-toi! Nous avons un problème et un de taille. Le sang impur vient de s'échapper des cachots de Lyderem et le roi craint de le voir tenter de passer ta porte. Il veut te voir dans la minute.
Je me réveillai en sursaut, réalisant la gravité de ce que le lieutenant Meyen venait de me rapporter. J'avais quand même noté au passage qu'il m'avait délibérément tutoyée. Sans relever son insubordination, je me levai de mon lit, le laissant rougir devant ma nudité. Un sourire mauvais étira mes lèvres. Yann Meyen était un ami d'enfance, mais comme tous les hommes étant sous mes ordres, il ne supportait pas d'avoir une femme aussi jeune que moi comme supérieure. En outre, mon physique très avantageux achevé de mettre ces hommes mal à l'aise. Je n'aimais pas me vanter, mais avant ma prise de fonction j'étais la plus belle humaine du royaume. Aujourd'hui j'étais encore belle, mais plus véritablement une humaine et c'est ce qui défrisait encore plus mes subalternes.
Avec lassitude, je passai mon uniforme avant de ramener ma longue chevelure blonde en un chignon strict.
La bouche grande ouverte et le regard lubrique, Meyen était figé sur place. Mon physique de rêve avait encore fait une victime.
_ Arrêtez de rêvasser, lieutenant! ordonnai-je pour le secouer un peu. Le roi nous attend!
Je passai devant lui pour sortir de ma chambre le laissant me suivre jusqu'à nos montures à l'extérieur de la base.
Meyen et moi nous rendîmes au château de Lyderem, palais des souverains d'Anetamara. L'urgence de la situation fit que je trouvai ma monture trop lente. Descendant avec aisance en pleine course, je continuai ma route en courant. J'arrivai au château bien avant Meyen et fus immédiatement reçue par le roi.
Notre actuel roi, et ce pour encore quarante ans si rien de grave ne lui arrivait, était le chef des lycaons, Luciano Melgrove. C'était sans aucun doute notre souverain le plus charismatique. Ses longs cheveux, noirs comme une nuit sans lune, tout comme ses yeux, reposaient librement sur ses épaules musclées. Je devais admettre que pour un lycaon c'était un beau spécimen. Il avait la peau couleur ébène. Cette couleur de peau était unique dans notre royaume. Les autres royaumes comptaient des membres de couleurs différentes, mais Anetamara comptait essentiellement des gens à la peau blanche, bien que les lycaons aient une peau bien plus foncée que celle des autres habitants. Ce phénomène ne s'expliquait pas. Tout ce que nous savions, c'était que nos ancêtres avaient si mal traité les gens de couleur qu'ils ne voulurent jamais s'installer ici. Le roi Luciano était donc une exception.
A mon entrée dans la salle de réunion, il darda un regard mauvais sur moi. Quand Meyen m'avait réveillée, j'avais pressenti que cette erreur des soldats de la garde royale allait retomber sur mon dos. Avec courage je relevai le menton pour lui tenir tête, mais je ne me faisais pas d'illusion. Le chef des lycaons était réputé pour ses colères hors du commun. Il se disait qu'il valait mieux avoir affaire à Gladius Van Kren, chef des vampires ou encore à Elisabelle Croël, chef des mages du royaume qui, d'une certaine manière, étaient plus humains et magnanimes que Melgrove. Pas de chance pour moi, j'avais pris mon commandement sous le règne du lycaon et je devais attendre encore quarante ans avant de rencontrer les deux autres rois de notre royaume.
_ Vous m'avez supplié de le garder en vie et voyez ce qui arrive par votre faute! s'écria le roi devant mon silence. Cet immonde sang impur s'est échappé et c'est une menace pour tout le royaume! Souvenez-vous de ce qu'a dit l'oracle à sa naissance!
Ses yeux semblaient lancer des éclairs tant il était en colère. Il tournait en rond dans la salle de réunion comme un lion en cage. Je savais qu'il tentait de se maîtriser pour ne pas se transformer devant moi. Tout le monde savait qu'un lycaon prenait sa forme animale lorsqu'il se laissait submerger par ses sentiments.
_ Dois-je vous rappeler, votre majesté, que votre sœur a plaidé la cause de cet enfant devant vous et non moi?
_ Quelle impertinence! persifla-t-il. Tu es la seule responsable, Tara! Tu lui as fait croire qu'elle pourrait aimer cette immondice sans que je m'y oppose.
_ Et vous ne vous y êtes pas opposé! m'exclamai-je plus fort que lui malgré moi. Tu as peut-être enfermé cet enfant dans l'un de tes cachots, mais il avait le droit de recevoir les visites de sa mère, TA SOEUR! Tu devais te douter de ce qui allait se passer.
Un éclair mauvais éclaira son regard. Malgré moi, je reculai tremblante. Un sourire incurva ses lèvres qui ne s'étendit pas jusqu'au reste de son visage.
_ Tu sais à qui tu t'adresses comme ça, femme? murmura-t-il d'une voix dure. Sais-tu ce que tu encoures pour ton impertinence? Aurais-tu oublié que je suis le seul à pouvoir décider de ton sort? Je suis ton roi et tu me dois le respect.
Tout en parlant, il s'était dangereusement rapproché de moi. Son visage était maintenant à quelques millimètres du mien. Je sentais son haleine chaude sur ma peau et un frisson me parcourut. Il sourit d'avantage. Je me reculai encore et encore, tentant de fuir ce contact qu'il semblait vouloir provoquer et que je redoutais plus que tout. Je me cognai contre la porte. Le roi en profita pour me faire prisonnière en posant ses mains de chaque côté de ma tête. Maintenant, il me dominait de toute sa hauteur. Se penchant encore plus sur moi, il se métamorphosa en loup-garou. Je poussai un cri malgré moi, redoutant comme toujours ses réactions sous cette forme animale. Il se pencha encore et renifla mes cheveux, puis mon cou avant de planter ses yeux de loup dans mes iris améthyste. La colère que j'y lis me paralysa. Lentement, il me lécha tout le visage. Prise de panique je me débattis de toutes mes forces pour le fuir. Mais rien n’y fit. Déjà sous sa forme humaine il était dix fois plus fort que moi.
_ Luciano! s'écria une voix de femme dans le dos du roi. Ne vois-tu pas que tu effraies le commandant? Laisse-la donc tranquille!
Après un grognement, le loup-garou reprit forme humaine et s'éloigna de moi. Il prit la cape que sa jeune sœur lui tendait afin de cachait sa nudité à mes yeux. Mais j'avais déjà eu le temps de remarquer la perfection de son corps viril.
Maribelle Melgrove me sourit tendrement pour me rassurer, mais le mal était déjà fait. Je tremblais de la tête au pied attendant la sentence du roi.
_ Tu n'avais pas à t'en prendre à elle ainsi, Luciano, affirma d'une voix calme la frêle Maribelle. Les autres espèces n'ont pas à nous voir sous notre vraie forme sauf en cas d'urgence. Tu connais la loi mieux que moi, non?
_ C'était un cas d'urgence! s'écria le roi moins fort qu'auparavant néanmoins. Je ne pouvais contenir mes émotions plus longtemps.
Le regard de sa sœur se fit doux sur lui. Un regard qu'il lui rendit sans aucune pudeur.
_ La situation est grave, commandant! me dit Maribelle. Notre clan est en émoi. Le reste du royaume sera bientôt dans le même état. Notre sœur s'est enfuie du château avec ce sang impur qu'elle nomme son enfant. Si vous êtes ici, c'est que le roi est conscient de l'amitié qui vous lie à la princesse Galatea. Il craint qu'elle ne tente de sauver cette chose en vous demandant de l'aider à passer nos frontières.
Bien que les propos de la princesse Maria Isabela semblaient durs, je savais qu'elle avait beaucoup d'affection pour Galatea et son neveu. Elle ne réagissait ainsi que pour donner le change au roi.
Du haut de son 1m60, elle avait la prestance d'une dirigeante. Elle était capable de manipuler n'importe quelle âme vivante. Seuls les vampires restaient insensibles face à son joli visage rond que de beaux yeux caramel adoucissaient. Sa peau était moins brune que celle de son frère et son corps était tout en rondeur, ce qui plaisait aux mâles de son espèce.
Maribelle me lança un clin d'œil avant de m'adjoindre de retourner à mon poste et de les avertir si j'avais des nouvelles de Galatea.
Je quittai la pièce sans demander mon reste et surtout sans regarder le roi.