vendredi 6 février 2015

L'étrangleur de Chicago (5)

Chapitre 2

                                       


_ Tiens, Travis ! le rapport d’autopsie que tu attendais !
_ Merci ! Il s’est fait attendre celui-là ! C’est la première fois que le doc nous fait languir comme ça.
_ Il faut le comprendre, répondit le jeune inspecteur Corré. T’as vu l’état dans lequel il nous l’a mis l’autre timbré. Le doc a du avoir pas mal de boulot. Et puis, c’est pas le seul cadavre dont il a hérité cette semaine. Nos criminels en herbe sont en forme ces derniers temps.
Travis se renfrogna. Son jeune collègue avait raison. Le taux de criminalité était en hausse ces dernières décennies dans le comté de Cook et ce, malgré l’acharnement des forces de l’ordre d’y remédier. L’inspecteur songea que l’affaire Miller était un parfait exemple de ce que l’âme humaine était capable. Il revit devant lui, comme dans un cauchemar, le corps mutilé de la jeune femme et son visage bleuté tordu de terreur et de douleur. Figé à jamais dans cette horrible grimace par un monstre. Un monstre qu’il se devait de retrouver avant que sa folie meurtrière ne le reprenne.
Avec un soupir las, le vieil inspecteur ouvrit le rapport. Il lut sans grand intérêt les informations concernant l’heure du décès. Le médecin légiste, sur le lieu du crime, lui avait déjà dit qu’il lui serait impossible de la déterminer avec exactitude. Le bleu du cadavre et sa température étaient autant d’indices pour l’homme de sciences, lui indiquant que le corps avait séjourné quelques temps dans un congélateur. De ce fait, la mort de la victime pouvait remonter à un jour comme à une semaine. Cette information avait plongé l’inspecteur dans la déception. Cette affaire ne s’annonçait pas simple du tout.
Le reste du rapport faisait état des différentes blessures que comptait le corps. Il s’avérait que Karen Miller avait reçu trente coups de couteau – enfin, c’est ce que supposait le médecin en vue des marques sur le corps de la jeune femme – dont l’un d’eux avait perforé le foi, sans pour autant être la cause de la mort. Plus loin, le doc expliquait qu’une autre arme, un scalpel selon ses supputations, avait aussi servi à couper quelques lambeaux de peau sur l’abdomen de la victime. Selon l’état de ces blessures, il en avait déduit que le tueur avait effectué cette manœuvre du vivant de la victime. Tout ce que le rapport racontait n’avait rien de choquant pour le vieil inspecteur sur le point de prendre sa retraite. Cependant, il n’arrivait pas à enlever de son esprit les photos de Karen Miller dans son appartement. Elle lui avait semblé être une jeune femme dynamique à laquelle on s’attachait immédiatement. Et puis, elle était encore si jeune. Vingt cinq ans. Bon sang ! Elle n’avait vécu que le quart de sa vie. Et cette jeune femme qui la pleurait dans cet appartement aux tons chaleureux ? Qu’allait-elle devenir ? Le meurtrier avait-il seulement voulu se vanter en prenant contact avec elle ou prévoyait-il réellement de faire une nouvelle victime ?
Travis replongea son regard dans le rapport. L’autopsie avait révélé que la victime avait subit des viols à répétition ante et post-mortem. L’inspecteur déglutit avec difficulté. Cette jeune femme avait subi un véritable calvaire. Dans ces conditions, la mort valait mieux que la vie. Il continua sa lecture. La police scientifique avait trouvé des traces de spermatozoïdes sur le cadavre et était en train de les analyser dans l’espoir de confondre le meurtrier. Aucune autre trace n’avait été trouvée. Ce qui signifiait que la victime n’avait pu griffer son ravisseur, ni même tenter de se défendre. L’homme de loi ne doutait pas que c’était le genre de personne à se battre pour sa propre survie. Le médecin confirma ce qu’il avait déjà vu dans Lincoln Park, quand il était arrivé sur le lieu du crime. La victime avait été ligotée car elle avait gardé les marques de la corde sur ses poignets. La strangulation était la cause de la mort, d’où la couleur bien plus bleuté de son visage. Karen Miller avait donc été violée, torturée avant d’être étranglée. Comble de l’horreur pour cet inspecteur habitué au pire, la mort de l’enfant que portait la jeune victime. Selon le médecin légiste, il était mort avant sa mère, le placenta ayant été perforé par l’un des trente coups de couteau.
Avec rage, Travis referma le dossier. Toutes ses conclusions témoignaient de la folie de l’homme, non, du monstre qui avait commis ce meurtre, mais ne lui permettaient pas de le retrouver. Pour cela, il devait attendre les conclusions de la police scientifique, mais il pressentait qu’elle ne trouverait rien. Ce meurtre était hors du commun. Le North Side était peu coutumier d’une telle barbarie. C’est pourquoi il devait absolument retrouver ce malade pour aller enfin à la retraite.

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