Sarah n’était pas sortie de sa chambre de toute la journée. Daniel commençait à s’inquiéter. Son amie, sans avoir le même dynamisme que Karen, était une femme pleine de vie et aujourd’hui elle était comme amorphe. Il avait tout tenté pour la pousser à mettre le nez dehors, mais la jeune femme n’avait même pas daigné répondre à son invitation. Il l’avait entendu pleurer toute la nuit et c’était comme cela depuis qu’ils avaient reconnu le corps de Karen deux jours plus tôt à la morgue.
Le jeune homme se frotta énergiquement les yeux. Il ne pouvait sortir de son esprit l’image de ce corps sans vie qu’il avait autrefois tenu entre ses bras. Il n’arrivait toujours pas à croire que sa si pétillante Karen n’était plus de ce monde. Avec colère, il jeta le torchon qu’il tenait entre ses mains sur le plan de travail de la cuisine. Il n’en pouvait plus de vivre ainsi. Il devait sortir de cet appartement qui respirait encore le parfum de la défunte. Il avait l’impression de la voir à chaque porte.
_ Sarah ! cria-t-il, sachant d’avance que son amie ne lui répondrait pas. Je sors. Tu viens avec moi ?
Aucun son ne sortit de la chambre de la jeune femme. Déterminé à quitter cette atmosphère lourde de chagrin, Daniel prit ses clés et quitta l’ombre de l’immeuble pour trouver la chaleur du dehors. Pour un mois d’avril, les températures étaient élevées et la ville de Chicago ne méritait pas en ce moment son surnom de « Windy City ». Il se dirigea d’un pas vif vers Oz Parc. Il ne s’arrêta qu’une fois sûr que plus personne ne pouvait le voir. Regardant autour de lui, il réalisa qu’il avait parcourut tout le parc pour se retrouver dans Lincoln Park. Daniel recommença à marcher, croisant de temps en temps un couple ou des enfants et leur nounou ou leur mère. Sans le vouloir, ses pas l’avait mené à l’endroit même où la police avait retrouvé le corps de Karen. Un immense sentiment de tristesse s’abattit alors sur lui. Les larmes qu’il avait si longtemps retenues glissèrent lentement sur ses joues rebondies. Il savait que ce genre d’attitude n’était pas digne d’un homme digne de ce nom, mais tout homme avait le droit de pleurer la mort de la femme qu’il avait aimé. Oui, il avait aimé Karen à une époque pas si lointaine que cela. Ses sentiments n’étaient peut-être plus les mêmes pour la jeune femme, mais il l’aimait encore. Il avait espéré, sans raison peut-être, qu’un jour elle lui reviendrait, qu’un jour elle renoncerait à sa vie de débaucher pour lui. Mais ce jour ne viendrait jamais et tout ça à cause d’un fou furieux qui avait décidé de lui ôter la vie.
Daniel s’assit sur l’un des bancs publics qui jalonnaient les allées du parc, se prit la tête entre les mains et laissa libre cour à son chagrin. Il avait le droit de la pleurer malgré le mal qu’elle lui avait fait. Karen n’était pas la femme d’un seul homme et il l’avait appris à ses dépends. Des rires d’enfants attirèrent son attention. Tout en les regardant, il essuya d’un revers de main son visage inondé. Il regarda le ciel et vit les immense gratte-ciel de l’autre côté du parc. Ils étaient inondés de soleil. Cette douce lumière qui se reflétait lui apporta la quiétude dont il avait besoin. Il avait l’étrange impression que Karen lui parlait à travers cette lumière. Elle lui disait de rentrer au plus tôt pour pouvoir prendre soin de Sarah. Il savait que seul son subconscient lui dictait cette conduite, mais il aimait à croire que son ex était là près de lui à lui parler. il pouvait sentir sa présence même si, il en était persuadé, elle n’avait pas perdu la vie par ici.
Daniel se leva après avoir offert son visage aux rayons du soleil. Il était temps de rentrer et de s’occuper de Sarah. Il devait la contraindre à reprendre goût à la vie malgré le malheur qui venait de les frapper. Il le lui devait. Sarah était sa meilleure amie. Elle avait toujours était là pour lui et maintenant c’était à son tour de lui apporter du réconfort.
Le jeune homme rentra au pas de course chez son amie. IL ouvrit la porte avec fracas et trouva Sarah dans le salon avec l’inspecteur Travis. La quiétude retrouvée dans le parc s’évapora aussitôt. Le vieil homme avait le don de lui hérisser les poils.
_ L’inspecteur Travis est venu nous interroger encore une fois, souffla Sarah d’une voix blanche.
Elle semblait au bord de l’épuisement alors quelle avait passé sa journée au lit.
_ N’avons-nous pas déjà répondu à toutes vos questions, inspecteur ?
L’homme de loi encaissa le regard noir du jeune homme sans broncher. Il avait déjà noté le côté surprotecteur du jeune homme envers mademoiselle Okanaghan. Il reporta son attention sur cette dernière réfléchissant à la meilleure façon de lui annoncer la nouvelle.
_ Après enquête, se lança-t-il, nous sommes venus à la conclusion qu’il serait préférable de prendre en considération les menaces du meurtrier. Nous allons élargir nos recherches et nous intéresser également à votre entourage, mademoiselle Okanaghan.
_ Pourquoi ? lui demanda Sarah toujours amorphe.
_ Nous nous sommes demandé si nous n’avions pas à faire à un potentiel tueur en série. Ne vous affolez pas, ajouta-t-il en voyant les grands yeux caramel s’agrandirent de terreur. Ce ne sont que des suppositions. Nous n’agissons ainsi que pour plus de sécurité. Nous ne voulons écarter aucune piste. Mademoiselle Miller a pu être victime d’un simple voleur qui veut maquiller son crime comme étant celui d’un désaxé qui n’est pas à son premier méfait.
_ Mais pourquoi mon entourage ?
_ Nous pensons, s’il s’agit d’un potentiel tueur en série, suite au message que vous avez reçu, qu’il se trouve peut-être parmi la liste de vos amis ou de vos collègues.
_ Impossible ! s’écria la jeune femme les larmes aux yeux. Aucune des personnes que je fréquente n’est capable d’une telle barbarie !
_ Mademoiselle...
_ Non ! Sortez de chez moi et allez arrêter le meurtrier de Karen !
Sarah retourna dans sa chambre et claqua la porte. Appuyée contre le chambranle, elle se laissa glisser sur le sol et se remit à pleurer. Il mentait. Le meurtrier ne pouvait être parmi les personnes qu’elle ou encore Karen fréquentaient au quotidien. Il était impossible qu’elles aient pu se tromper à ce point sur ceux la-même qui avaient une relation privilégiée avec elles.
_ Veuillez l’excuser, inspecteur. Sarah a du mal à surmonter son chagrin et sa colère. Si cela peut vous aider, je vous donnerai la liste de ses amis, du moins les quelques uns que nous avons en commun.
_ Merci, monsieur Stuart. Le plus tôt sera le mieux.
L’inspecteur Travis se dirigea vers la sortie, suivi de Daniel.
_ Gardez l’œil sur votre amie, ajouta-t-il avant de partir, une main sur la poignée.
Il sortit sans laisser le temps à Daniel de réagir. Ce dernier sentit un long frisson de terreur le parcourir en entendant l’inspecteur parlait ainsi. Il alla de ce pas dans la chambre de Sarah, la trouva assise par terre en train de pleurer, la souleva dans ses bras et s’installa avec elle sur son lit. Tout doucement, il commença à la bercer.
_ Tout ira bien, Sarah dolly ! Je vais prendre soin de toi.
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